lundi 29 décembre 2014

Un métier d'avenir : la formation des adultes



Les métiers de la formation des adultes.

Faisons un peu de prospective pour ouvrir des perspectives.

"La formation des adultes représente un champ professionnel en développement. Une étude du Commissariat général du Plan et de la DARES du 5 décembre sur les métiers en 2015 classe cette catégorie parmi celles où l’emploi se développera fortement, soit une progression de 4,4% par an.

Cependant, la formation des adultes est un large champ d’acteurs souvent mal identifiés. Il existe une grande diversité d’appellations : d’un organisme à l’autre, le même emploi peut recouvrir des activités différentes. Inversement, deux dénominations différentes peuvent correspondre à de mêmes activités.

Dresser une catégorisation exhaustive des métiers reste donc problématique. La liste qui suit regroupe des fonctions les plus fréquentes, classées selon les contextes d’exercice de l’emploi.

Centre INFFO collecte régulièrement des informations sur les formations certifiantes qui préparent aux métiers de la formation. Cette base décrit leur intitulé, objectifs et/ou programme, conditions d’admission, organisation et/ou durée, modalités pédagogiques, etc., ainsi que les coordonnées des organismes. 
(Patience, le lien met un peu de temps à s'activer. NDLR).

Les professionnels de la formation : quelques chiffres
L’Insee dénombre 113 000 personnes en emploi en 2004 dans la famille professionnelle (FAP-2003) « Formateurs ». Ces emplois ont quadruplé depuis 20 ans sous le double effet du besoin de former les salariés et les demandeurs d’emplois en reconversion.

Un cœur de métier et des activités intégrées
Les activités de la formation sont constituées d’un cœur de métier, l’ingénierie de formation, et d’activités intégrées qui tendent à se développer de plus en plus.
L’ingénierie de formation comprend :
·                     le diagnostic et l’analyse des besoins,
·                     la conception du parcours pédagogique,
·                     l’acte de formation,
·                     l’accompagnement des apprenants,
·                     l’évaluation.
Les activités intégrées regroupent :
·                     les actions de bilan, d’orientation, d’accompagnement, d’aide à l’insertion professionnelle,
·                     la gestion de la formation et le développement commercial.

En organisme de formation

A/Le responsable de formation définit et conçoit une offre de formation « catalogue » ou sur mesure, en réponse à une demande précise d’un client privé ou d’un appel d’offres public.
Ses missions
·                     Prospecter de nouveaux marchés et négocier les contrats.
·                     Conseiller les entreprises.
·                     Réaliser des cahiers des charges.
·                     Coordonner l’équipe de formateurs.
·                     Organiser et évaluer les activités.
·                     Garantir la qualité des formations.
Dans certains réseaux comme les Greta (Ministère de l’Éducation nationale), ce métier est appelé conseiller en formation continue.
Dans d’autres organismes, le conseiller en formation occupe essentiellement une fonction commerciale.
Ses missions
·                     Gérer et développer un portefeuille de clients.
·                     Analyser les besoins du client, lui présenter l’offre de formation sur catalogue ou lui proposer une solution sur mesure.

B/Le formateur, ou animateur de formation, anime essentiellement des actions de formation, c’est-à-dire qu’il assure la transmission des savoirs et savoir-faire à des publics adultes.
Ses missions
·                     Éventuellement concevoir l’action de formation en partenariat avec le client.
·                     Choisir les méthodes et outils pédagogiques (contenus, exercices, supports, mises en situation...) adaptés au public et à l’objectif de la formation.
·                     Assurer le suivi et l’accompagnement des apprenants.
·                     Évaluer leurs acquis.

C/Le coordonnateur pédagogique a pour mission de veiller au bon déroulement d’un parcours de formation.
Ses missions
·                     Gérer et animer l’équipe de formateurs.
·                     Assurer le suivi et l’accompagnement des apprenants.
·                     Veiller à la qualité des outils et supports pédagogiques utilisés pour les formations (documents, supports audiovisuels...). Il les conçoit et les élabore en collaboration avec les formateurs.
·                     Assurer la qualité des procédures.

 D/Le consultant en formation ou consultant-formateur, conseille les organisations (entreprises, institutions, associations...) dans la mise en œuvre de leur politique de formation, et leur stratégie de gestion des compétences.
Ses missions
·                     Analyser les situations, identifier les problèmes avec le client et les différents interlocuteurs de l’entreprise.
·                     Aider au diagnostic et proposer des solutions appropriées, notamment en terme de formation.
·                     Construire des parcours de formation.
·                     Réaliser les formations.
·                     Développer les services de l’organisme, la prospection de nouveaux marchés, la négociation de contrats...

E/Le coach fait partie des métiers en expansion. La Société Française de Coaching définit cette nouvelle pratique comme « l’accompagnement de personnes ou d’équipes pour le développement de leurs potentiels et de leurs savoir-faire dans le cadre d’objectifs professionnels ».

F/L’assistant de formation en organisme s’occupe de l’accueil et de l’information auprès des clients, et gère les dimensions administratives et logistiques des formations : rédaction et suivi des conventions, convocations, planning des formateurs, des salles et du matériel.


En entreprise

A/Le responsable de formation en entreprise exerce son activité le plus souvent au sein de la direction des ressources humaines.
Ses missions
·                     Identifier et analyser les besoins en formation des salariés, en fonction des évolutions économiques, sociales et technologiques de l’entreprise.
·                     Concevoir le plan de formation en prenant en compte les aspects humains, budgétaires, juridiques, organisationnels et pédagogiques, en partenariat avec la direction et les représentants du personnel.
·                     Mettre en œuvre ce plan de formation en recherchant des prestataires de formation, en réalisant des montages financiers avec l’OPCA dont il dépend.
·                     Évaluer les résultats des investissements formation réalisés.
Le métier de responsable de formation évolue et son intervention se situe de plus en plus en aval du processus de formation. Loin de gérer uniquement des stages de formation, il est de amené à organiser des parcours de professionnalisation dans l’entreprise, en vue d’une gestion prévisionnelle des compétences. Le formateur interne à l’entreprise possède une expérience professionnelle reconnue par sa hiérarchie et se voit confier des missions d’animation de formation de même nature que le formateur en organisme de formation, en raison de ses compétences pédagogiques.


En Opca et autres organisations professionnelle

Le consultant ou conseiller en formation, au sein des Opca (organismes paritaires collecteurs agréés), accompagne les entreprises d’une branche professionnelle dans la mise en œuvre de leur politique de formation, notamment sur un plan financier. Il analyse les dossiers de prise en charge des formations des entreprises, et vérifie les possibilités de financement ou non des actions de formation en fonction des priorités définies par les partenaires sociaux de la branche. Moins identifiés, des responsables ou chargés de formation dans les fédérations professionnelles et au sein des syndicats de salariés, définissent et négocient les priorités des politiques de formation de leur branche. Ils peuvent aussi informer et conseiller leurs adhérents sur les questions de formation, et mettre en œuvre des dispositifs répondant à leurs besoins.


En structure d’accueil, d’orientation et d’insertion

A/Le conseiller d’orientation, le conseiller en emploi et insertion professionnelle ou le conseiller en bilan de compétences(majoritairement à profil psychologue pour ce dernier) :
Ses missions
·                     accueille, informe et conseille les demandeurs de formation (demandeurs d’emploi, salariés, jeunes...) en fonction de leurs attentes, leurs acquis et leurs potentialités,
·                     les aide à définir un projet professionnel,
·                     les informe sur les métiers et leurs débouchés,
·                     les oriente ensuite vers les dispositifs existants,
·                     peut les accompagner et les suivre tout au long de leur formation,
·                     les aider à s’insérer professionnellement. Il exerce au sein de structures mises en place par les pouvoirs publics : Maisons de l’Emploi, Mife, Missions Locales, Points d’Information Jeunes..., mais aussi par les organismes de formations ou les financeurs.

B/Le conseiller VAE dans les Points Information Conseil, ou dans des structures d’accompagnement :
·                     informe les personnes souhaitant faire valider leurs expériences en vue de l’obtention d’un diplôme ou d’un titre,
·                     les oriente vers les certifications en adéquation avec leur projet,
·                     les aide dans les différentes étapes de la démarche de validation des acquis."

Fiche métier complète et informations complémentaires. Centre INFFO.

Sources : ici

mardi 16 décembre 2014

La classe inversée, un véritable bouleversement pédagogique ?

Sophie Blitman  |  Publié le 
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Salle de pédagogie expérimentale à l'universté catholique de Lille 
 
Salle de pédagogie expérimentale à l'universté catholique de Lille // © UCL

Après les Mooc, la classe inversée semble être devenue le nouveau credo des grandes écoles et universités. Effet de mode ou enthousiasme pédagogiquement fondé ? Réponses aux cinq questions en débat. 
#1 EST-CE SI NOUVEAU ? 
Depuis plusieurs mois, les classes inversées s'immiscent dans pratiquement toutes les conversations. Schématiquement, il s'agit de faire travailler les étudiants en amont du cours, pour consacrer le temps où ils sont présents avec le professeur à d'autres activités : approfondissement de certaines notions, réponse aux questions des étudiants, mais aussi mise en commun des productions, échanges et débats.

Présentée de la sorte, cette pédagogie n'est pas franchement nouvelle : professeur à l'université catholique de Louvain, Marcel Lebrun, notamment, raconte avoir lui-même eu un enseignant qui pratiquait cette méthode lorsqu'il était étudiant. "L'innovation vient du fait que cette pratique a désormais lieu dans l'enseignement supérieur qui se préoccupait peu, jusque-là, de pédagogie", souligne Luc Chevalier, directeur de l'Esipe (École supérieure d'ingénieurs de l'université Paris-Est Marne-la-Vallée) et porteur de PédagInnov, l'un des projets de l'Idefi (Initiative d'excellence en formations innovantes) mise en place au sein de l'Université Paris-Est.
Comment expliquer un tel engouement ? "Les classes inversées sont au point de rencontre de plusieurs éléments qu'elles fédèrent, analyse Marcel Lebrun : l'approche compétences, les méthodes actives et le numérique. Celui-ci n'est pas seulement utilisé comme un outil qui vient s'ajouter au cours mais sert véritablement le développement de compétences que les étudiants se construisent par eux-mêmes. C'est cette cohérence qui explique le succès de l'inversion."

#2 EST-CE FORCÉMENT NUMÉRIQUE ?

Si les enseignants n'ont pas attendu le web, les podcasts et les réseaux sociaux pour expérimenter la classe inversée, les outils numériques en facilitent largement la mise en pratique. En effet, outre qu'ils rendent accessibles de nombreuses ressources, ils sont d'une précieuse aide sur le plan logistique, qu'il s'agisse d'organiser un débat entre plusieurs groupes d'étudiants ou de diffuser les présentations réalisées par certains d'entre eux.
Pour Marcel Lebrun, "l'essentiel est de proposer à l'étudiant des activités et de l'interactivité et ce, aussi bien à distance qu'en présentiel". Et de promouvoir des dispositifs hybrides qui mêlent théorie et pratique, compétences et savoirs, mais aussi qui créent des liens entre la classe et la société. Autrement dit, une véritable classe inversée ne se contente pas de donner à lire ou regarder des documents qu'on explique ensuite en cours. Et peut aller jusqu'à ce que Jean-Charles Cailliez, vice-président de l’université catholique de Lille chargé de l'innovation et du développement, appelle la classe "renversée" : "Les étudiants font tout : guidés par l'enseignant, ils construisent l'architecture du cours et son contenu, à l'aide de méthodes de codesign et d'intelligence collective." Une manière d'appliquer la philosophie du DIY (Do it yourself) dans l'éducation.
L'innovation pédagogique, ce n'est pas tout réinventer, mais voir comment on articule de nouvelles façons de travailler avec de plus anciennes. (Jean-Charles Cailliez)

#3 FAUT-IL INVERSER TOUS LES COURS ?

Si les enseignants qui font cours en classe inversée sont convaincus des bénéfices de cette approche, pour autant, il n'est pour eux pas question de renoncer aux cours académiques classiques. Une classe inversée ne s'applique pas à un type d'étudiants ou une discipline en particulier et l'efficacité d'une pédagogie réside, notamment, dans sa variété.
"Il faut alterner !, insiste Jean-Charles Cailliez pour qui "l'innovation pédagogique, ce n'est pas tout réinventer, mais voir comment on articule de nouvelles façons de travailler avec de plus anciennes." Pour ne pas lasser son public, mais aussi parce que, aux dires de tous les enseignants qui la pratiquent, la classe inversée demande beaucoup plus de travail personnel. Garder un équilibre permet de ne pas trop surcharger les étudiants.

#4 EN QUOI CELA MODIFIE-T-IL LES RAPPORTS ENTRE ÉTUDIANTS ET ENSEIGNANT ?

Avec la classe inversée, l'enseignant est amené à changer de posture et, plus largement, à organiser différemment son travail. "On transmet toujours un savoir, mais pas un savoir brut, précise Jean-Charles Cailliez : celui-là, les étudiants vont le chercher et le construire eux-mêmes. On passe plus de temps à réexpliquer les notions, on s'assure davantage que le travail est fait et que les compétences sont acquises."
Dès lors, ce sont aussi les modalités d'évaluation qui doivent être repensées. "En tant que professeur de génétique, il peut m'arriver de noter un étudiant non pas sur sa connaissance d'un mécanisme mais sur sa capacité à aller chercher une information, ou bien à expliquer pourquoi tel schéma est meilleur que tel autre", détaille le Lillois.
Mais encore faut-il que l'enseignant explique clairement le fonctionnement et les raisons de sa démarche, voire argumente face à des étudiants pas toujours convaincus des bienfaits de l'inversion. "Cela les déroute", affirme Luc Chevalier, qui estime qu'il faut "consacrer au moins une heure et demie ou deux heures à présenter l'objectif du cours. Si l'on ne prend pas ce temps-là, le risque est que les étudiants rejettent le principe même de la classe inversée, qu'ils ne fassent pas le travail préparatoire, et que l'on engage un bras de fer"…
L'enseignant doit argumenter face à des étudiants pas toujours convaincus des bienfaits de l'inversion.

#5 LA CLASSE INVERSÉE FAIT-ELLE MIEUX RÉUSSIR LES ÉTUDIANTS ?

Aux dires de ses pratiquants, l'avantage de la pédagogie inversée réside dans le fait depersonnaliser l'enseignement, et de responsabiliser les étudiants. À l'Esipe, Luc Chevalier a pour habitude d'envoyer son cours de mécanique des solides déformables en fichier pdf à ses élèves de première année. "Charge à eux de le lire et de répondre aux petites questions que je pose pour voir s'ils ont compris. Cela me permet de situer les difficultés auxquelles ils sont confrontés et, une fois face à eux, de recadrer si besoin au travers d'exemples et d'applications."
Un dispositif qui a fait ses preuves, d'après les résultats exposés par le chercheur et ses collègues du groupe PédagInnov. "Les étudiants, qui ont des échanges plus réguliers avec l'enseignant, se rendent compte que celui-ci est investi et, en retour, s'impliquent eux-mêmes davantage. La classe inversée n'est pas le seul exemple de ce phénomène, mais la motivation est d'autant plus forte que le suivi est individualisé."
En outre, comme toutes les méthodes actives, la classe inversée permet une mémorisation plus efficace. Ce que relève Jean-Charles Cailliez : "L'étudiant n'aura peut-être pas acquis plus de connaissances que dans le cadre d'une pédagogie classique, mais elles seront davantage ancrées en lui, dans la durée, car il les aura construites lui-même. Il n'aura pas tout oublié deux semaines après les examens."
Marcel Lebrun : "La classe inversée, une révolution d'état d'esprit"


"L'enseignement se fait à distance et l'apprentissage en présence."
Sophie Blitman  |  Publié le 

vendredi 12 décembre 2014

Comment bien parler Facebook ?

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Facebook par Mister Thoms

Comment bien parler Facebook

Le vocabulaire Facebook par Facebook

Le 2 décembre 2014 au matin. Dans la froideur de l’hiver à Paris, des journalistes et rédacteurs de sites Web/blogs se pressent devant le 59 rue de Rivoli, lieu alternatif de la capitale pour assister à la présentation de l’étude ZoomOn (SoLocal, ex-Pages Jaunes) / Harris Interactive sur l’information positive, plus connu sous l’expression générique journalisme de solution, journalisme constructif ou encore impact journalism dans le monde anglophone.

Autour la table basse, Blaise Mao, rédacteur-en-chef adjoint du magazine Usbek & Rica (“projet qui interroge le progrès”), Gilles Vanderpooten, directeur de l’association Reporters d’espoir (“nous faisons du journalisme de solution avec une approche critique”), une représentante de ZoomOn, marque numérique de SoLocal Group (“nous publions sur nos pages Facebook des infos utiles et adresses “feel good””) ainsi qu’un intervenant collaborateur de Facebook, Franck DaSilva (directeur commercial Marketing Solutions) avec l’animation bienveillante du panel par Jean-Marie Charon sociologue spécialisé dans l’étude des médias et du journalisme (“l’information est devenue une ressource”).

Monsieur Ubu par Alfred Jarry

Facebook, ubu roi de la table-ronde ?

Surprise de la thématique du petit déjeuner, on peut se demander pourquoi Facebook se retrouve représenté comme intervenant dans cette “conférence” avec un panel de médias. On comprend vite que Facebook a LE statut de support médiatique à part entière et qu’il est incontournable.

Le journalisme de solutions, c’est quoi ?

Au sein de ces invités à prendre la parole, Jean-Marie Charon va rester d’une grande neutralité en évitant d’opposer d’un côté Facebook et de l’autre, les 2 représentants du journalisme “positif”. Pendant 1h30, cette attitude “zen” va se vérifier dans les propos des intervenants.

Chacun reste dans son sujet, évoque son support médiatique en définissant le journalisme de solution, son intérêt pour ce type d’approche du traitement des sujets “qui réenchante le quotidien des français” selon la représentante de ZoomOn, avec une “approche critique” comme l’indique Gilles Vanderpooten et pour “donner des clés d’analyse du monde” selon Blaise Mao.

You Like?

L’ogre Facebook fait peur aux médias

La presse écrite et audiovisuelle dans l’assistance écoute patiemment la parole de chacun ; celles des journalistes mais porte bien évidemment une oreille plus attentive au représentant de Facebook et aux “vérités” qu’il va prononcer.
Oui, car après tout, Facebook semble avoir de plus en plus la mainmise sur la visibilité ou non de l’info de ces mêmes médias (via les pages Facebook des supports médiatiques) ; une visibilité qui génère un apport d’audience non négligeable en “référants” pour leurs portails.

Facebook avec ses 29 millions d’utilisateurs actifs en France est incontournable pour les médias!
Sauf que Usbek et Rica ainsi que Reporters d’Espoir n’évoqueront pas Facebook durant la table-ronde… Sans doute à la grande déception de Facebook… Ignorer Facebook : un quasi-sacrilège!

“J’aime” les pages Facebook

1% de portée (“reach”) pour les publications sur les pages Facebook en France

Les premiers mots sur Facebook viendront de SoLocal / ZoomOn puisque cette marque gère et développe sa présence médiatique (qui se veut aussi un modèle économique) via 67 pages Facebook, principalement des espaces Web consacrés aux grandes villes de France avec une mise en avant de contenus sur la vie locale sous la forme de “posts” (bons plans).
ZoomOn a choisi Facebook comme support médiatique avec ses avantages (le potentiel d’inscrits à la plate-forme) mais aussi ses freins (comme toute organisation présente sur le service en ligne) dont la maîtrise de A à Z par Facebook de la visibilité des contenus des pages ZoomOn.

Certes “ZoomOn, c’est 67 communautés qui représentent 2 millions de fans Facebook, qui sont 5 fois plus engagés que la moyenne nationale constatée”.

Faites du reach!

Mais qu’est-ce que la moyenne nationale constatée (selon Facebook Analytics) ? 1%… Donc 5% de taux de “reach” pour ZoomOn sur ses pages (soit 100 000 personnes actives sur ses pages, un taux donc très faible pour cet acteur d’autant plus qu’il investit dans de la publicité sur Facebook) et un chiffre ridiculement bas de 1% de portée (“reach”) pour les pages Facebook en France.

Le reach, c’est-à-dire la portée en français, est définie par “le nombre de personnes ayant vu votre publication.” A préciser : “Votre publication est comptabilisée comme ayant atteint une personne lorsqu’elle est affichée dans son fil d’actualité. Les chiffres portent sur les 28 jours suivant la création de la publication et comprennent les personnes qui ont vu votre publication sur la version de bureau et sur la version mobile.”
Le graal de l’organisation investie via une page Facebook est donc de générer du “reach”.

The Wall

Le vocabulaire Facebook par Facebook

Comme différentes plate-formes et marques de réseaux sociaux (Twitter, LinkedIn, Pinterest…), Facebook a développé son propre vocabulaire qui cherche à s’imposer pour façonner la convoitise publicitaire des annonceurs qui sont aussi des utilisateurs de Facebook dans leur diversité.
Ce matin-là au 59 rue de Rivoli, j’ai retenu les phrases suivantes du représentant de Facebook, dans un discours décalé par rapport aux autres intervenants : le parler Facebook avec ses expressions qui explicitent et aussi disent en filigrane ce qu’est cette société de réseau social numérique mais également ses intentions commerciales (qui ne collent bien sûr pas nécessairement avec les souhaits des utilisateurs de Facebook et des entreprises/institutions/associations qui y sont présentes).
Décryptage…

“Facebook est une source d’infos”

La définition proposée d’infos par Facebook est ici galvaudée. Cela correspond à une vision “grand public” du sens commun de l’information.
Il ne s’agit pas forcément d’une information de type journalistique. Ce peut être tout à la fois des publications de statuts d’un individu ou d’une marque (sur des produits, des services, un événement) ou une info journalistique signalée par un média ou un utilisateur de Twitter.

Ce qui compte pour Facebook n’est pas le statut de l’info : l’info, c’est d’abord pour la marque de réseau social de la donnée (“data”) partagée, signalée, commentée, partagée, “likée”… Tous ces gestes qui laissent des traces sur Facebook participent à ce que Facebook appelle une source d’information.
Facebook n’est pas un média à part entière : c’est un agrégateur d’écrits multimédia (textes, images, vidéos) du fait de l’action volontaire de ses utilisateurs que ce soit des personnes physiques ou morales… qui cherche à capter l’attention, à retenir l’attention : pourquoi aller hors Facebook si l’essentiel se trouve dans Facebook ?!

“En France, 29 millions d’internautes engagés, 29 millions d’actualités”

Le chiffre impose. Il montre le respect qu’on doit avoir pour une plate-forme qui réunit autant d’internautes et de mobinautes.
La justification par le chiffre importe pour Facebook : demeurer le n°1 en nombre d’utilisateurs actifs est une priorité de valorisation des profils de la plate-forme pour davantage et mieux vendre de la publicité.
Là aussi, le mot “actualité” recouvre un sens très large et n’est pas pris avec un accent journalistique. Par exemple, un statut Facebook est une actualité.
Après tout, ce que nous voyons qui s’affiche sur la page qui défile sur nos yeux par défaut sur Facebook, c’est un fil d’actualités (“newsfeed”), glissement sémantique habile du fil de nouvelles.

Ami Facebook… Es-tu là?

“On a tous des amis Facebook qu’on ne connait pas”

Ce fut sans aucun doute la plus belle citation de la matinée. Cela montre bien que le mot “friend” sur Facebook ne signifie pas forcément ami.
La personne “ami” Facebook peut être un ami, une connaissance, un suiveur, une vague connaissance, une fréquentation, une accointance… 

La liste peut s’avérer particulièrement longue et quasi-infinie!
En fait, la notion d’ami sur Facebook, c’est chaque internaute-mobinaute utilisateur qui se la construit lui-même en fonction de ce qu’il est, de ses desiderata, des buts — s’il en a — de présence sur cette plate-forme.

Facebook est un buvard : il absorbe indéfiniment les contenus et les “friends”.
Mais cette citation est aussi un aveu d’impuissance : le rêve de Facebook de cartographier le maximum des relations humaines — connexions entre les individus (le graph social) est un idéal qui ne sera jamais atteint par cette entreprise.

“Les Français se connectent 14 fois par jour sur Facebook”

C’est une moyenne annoncée comme telle. Oui, avec un tel taux, on peut se dire que la captation de l’attention fonctionne à plein pour Facebook.
La connexion à Facebook qui peut se faire via un ordinateur mais de plus en plus via un outil mobile (“device”) que ce soit un smartphone, une tablette ou un objet connecté ne signifie pas que l’utilisateur de Facebook est si actif et contributeur : il peut être notifié par Facebook et consulter simplement mais ne pas participer à Facebook… Y laisser juste une trace de connexion : une trace de lecture ou simplement de parcours dans Facebook.
Or, ce qui intéresse Facebook, ce sont des inscrits actifs qui font des actions qui laissent des traces. Fait perpétuel à ne pas oublier.

“Pour les médias sur Facebook, il faut générer de l’engagement”

L’engagement, le mot sera répété à plusieurs reprises par le représentant de Facebook. La définition officielle du taux d’engagement “correspond au pourcentage des personnes qui ont vu une publication et qui l’ont aimée ou partagée, qui ont cliqué dessus ou qui ont ajouté un commentaire.”

Il faut dépasser la lecture pour être “engagé” mais le like importe tout comme le commentaire. Pour Facebook, l’action de l’internaute serait donc plus importante que l’article initial — qui est d’ailleurs rarement affiché intégralement sur Facebook : l’extrait pour inviter à consulter en dehors de Facebook, c’est la règle implicite du média.

Pour Facebook, l’internaute doit réagir : écrire, dire, rediffuser, noter, annoter, légender l’information du média mais ce sont des actions à faire sur Facebook ou avec une identification Facebook… pour impacter sur la visibilité des contenus des médias sur Facebook!
L’envers du décor consiste en une analyse fine des données par Facebook : dans Facebook et sur le site du média si ce dernier utilise l’identification Facebook pour le champ de commentaires ou la “like box” (ce petit module en page d’accueil du portail du média qui invite à aimer la page Facebook de ce même média).

The Cookies Thrashbin

“Il faut dompter l’algorithme de Facebook”

C’est un voeu pieux (et sans doute cynique) que de s’atteler invariablement à cet espoir. Il y a environ 100 000 éléments qui permettent d’établir ce qui est vu sur le fil d’actualités de l’utilisateur de Facebook, une information délivrée par Lars Backstrom (Engineering Manager for News Feed Ranking at Facebook) en 2013.

Bon courage pour ceux qui s’intéressent à décrypter l’“intelligence” de l’algorithme Facebook!
Cependant, Facebook diffuse régulièrement des conseils aux utilisateurs et aux entreprises pour améliorer la visibilité de ses contenus publiés sur Facebook.

Ces signaux de Facebook sont régulièrement distillés via la page Facebook Entreprises qui n’oublie évidemment pas de montrer l’intérêt d’acheter de la publicité sur Facebook ainsi que la Newsroom Facebook.
De nombreux blogs et sites tentent de suivre l’évolution de l’agorithme Facebook tant celui-ci est important pour les médias, organisations et individus qui investissent cette plate-forme en tant que stratégie de présence en ligne (marketing, communication, ecommerce…).
Plus prosaïquement, un simple suivi du terme “facebook news feed” via un moteur de recherche d’actualités fait saisir quelques subtilités de Facebook dans l’évolution en continu de son algorithme.
Tout comme chez le moteur de recherche Google, l’algorithme de Facebook pour la visibilité sur le fil d’actualité du profil Facebook reste un secret absolu… Et les collaborateurs de Facebook en parlent comme un élément extérieur à eux alors qu’ils en sont les promoteurs, les communicants et aussi les acteurs.
Le modèle économique de Facebook repose en grande partie sur cet algorithme ; un trésor de guerre savamment entretenu dans son mystère et sa symbolique!

“On like, on a vu”

Pour une marque de média social, le nirvana est d’avoir un mot “leader” qui s’impose dans la langue au quotidien. C’en est ainsi pour le “like” (“j’aime”) qui a largement dépassé le cadre de Facebook et les frontières du World Wide Web pour se répandre dans les échanges et dans les médias.

Le représentant de Facebook de la table-ronde analyse ainsi le “like” au sein de la plate-forme. “Aimer” n’est donc pas aimer : ce n’est pas forcément un acte d’approbation mais simplement de signification de présence par rapport à ce qui est publié.
Il est ainsi courant de “liker” l’annonce d’un décès.
Position intéressante de Facebook sur cette question du “j’aime” qui montre bien l’ambiguïté même de la fonction au sein de la plate-forme.

Aimer ou ne pas aimer l’article, telle est la question

“Liker c’est montrer qu’on est sensible à l’info”

Liker est une réaction émotionnelle. La fonction est construite autour de la réaction d’un stimuli : peu importe si l’on approuve ou pas le sens du contenu ; on en approuve la publication. Il n’est pas essentiel qu’on soit en accord ou non avec la signification de ce qui est publié.
Si les publications sont émotionnelles, on verse donc individuellement dans une réponse de sensation (et donc pas forcément de réflexion).

Derrière le voyage des mots Facebook, les questions…

Ce petit chemin dans les mots de Facebook par Facebook pose plus de questions qu’il apporte de réponses formalisées. La plate-forme interroge par la place qu’elle a pris dans le quotidien des individus.
Au 59 rue de Rivoli, il est 10h30, le sociologue Jean-Marie Charon clôt la table-ronde avec une phrase d’espoir : “Dans les médias, on peut garder son esprit critique”.

Reste à savoir si ce mot de la fin si finement prononcé se veut à destination des journalistes présents comme intervenants ou pour l’audience clairsemée… ou s’agit-il d’une phrase pour les médias à la recherche d’une réinvention d’un modèle économique qui peut s’affranchir de nouveaux intermédiaires du relais de leur propre information tels Facebook ? Vaste interrogation.